
Texte et illustrations – Gilles Parent
Poussé par un vent mystérieux, Nicolin se retrouve dans la cave d’une auberge d’Irlande en compagnie de deux lutins Lépréchauns…
L’un est violoneux et l’autre est cordonnier. Ils sont silencieux, stupéfaits, effrayés… alors que Nicolin s’introduit sans plus de cérémonie :
– Bonjour! Je suis désolé d’être entré sans vous prévenir, mais je crois bien avoir été aidé, d’une certaine manière. Je ne veux surtout pas vous importuner, croyez-moi. Je veux seulement savoir si vous avez croisé un vieux Folk. Ou peut-être quelqu’un de votre entourage l’aurait-il aperçu?
Les deux Lépréchauns sont méfiants. Le cordonnier s’adresse
alors à son frère le violoneux :
– C’est un esprit malin, pas de doute, il faut s’en débarrasser au plus vite.
– Oui, mais comment? On va d’abord essayer de lui faire peur; montre-lui comment tu peux l’assommer à distance avec ton marteau…
– Et toi, fais grincer ton violon… Ça devrait le faire fuir. Allons-y!
Les deux frères Lépréchauns exécutent leur bravade intimidante : le cordonnier montre des habiletés de jongleur avec son marteau menaçant, tout en effectuant un sautillement diabolique.

Le violoneux, de son côté, fait grincer son instrument en jouant des airs horribles.
Inquiet de l’attitude redoutable qu’on lui présente, Nicolin se réfugie sur un gros tonneau de bière près de l’entrée, un pied posé insouciamment sur le robinet, qu’il actionne sans le vouloir. Voyant la précieuse cervoise s’écouler au plancher, les Lépréchauns cessent leur démonstration épouvantable en suppliant Nicolin de fermer le robinet :
– Arrêtez. Arrêtez! Fermez ce robinet, je vous en prie… Qui que vous soyez, vous êtes le bienvenu, mais fermez ce robinet! Ne faites pas couler ce précieux mélange de malt et de houblon, ce n’est pas à nous… Les propriétaires nous chasseront d’ici à tout jamais s’ils s’en aperçoivent.
Plus que le bienvenu! dit le cordonnier. Asseyons-nous calmement, nous allons parler. Vous savez, nous, les Lépréchauns, nous avons toujours de l’or caché quelque part. Hé hé, tout peut s’arranger entre nous, entre gens de bonne foi, l’or a toujours sa place…
– Je ne suis pas un esprit… dit Nicolin. Et venons-en au fait : vous dites que vous avez de l’or? Le Folk que je cherche, il vient d’une mine d’or de Val-David, tout comme moi! L’or, ça nous connaît…
– Des Folks! Val-David! Des mots inconnus… mais avec le mot « or », là, ça devient intéressant. Mais qui êtes-vous, au juste?
– Je me nomme Nicolin Folk. Je suis venu à Féerie pour livrer une couronne d’or à la reine et fée Morrigane. Ce que j’ai fait. Je n’y suis pas arrivé de manière habituelle, car il y a eu une catastrophe à la mine de mes Folks, ce serait long à vous expliquer. Je cherche le vieux Folk qui devait m’accompagner. Il pourrait se trouver ici, en Irlande.
– Cet individu a des relations importantes… La reine Morrigane! dit le cordonnier en sourdine au violoneux. Faut en prendre soin. Ou peut-être n’est-il qu’un vulgaire imposteur, un menteur?
– Nous ne voulons surtout pas vous offenser en mettant en doute vos propos, dit le violoneux. Mais, vous dites avoir vu la reine Morrigane… Et vous lui avez remis une couronne d’or, et pourquoi donc?
– Parce que nous en avions reçu la commande par quelqu’un qui la connaît bien, sans doute.
– Et… qui a commandé cette couronne chez vous?
(À suivre dans la prochaine édition du Ski-se-Dit…)
Lexique
Lépréchauns : lutins, dans la tradition irlandaise
Violoneux : violoniste spécialiste de la musique traditionnelle
Cordonnier : Personne qui répare les chaussures
Importuner : embêter, irriter
Bravade : geste, attitude de bravoure
Insouciamment : sans se faire de soucis, sans s’inquiéter
Cervoise : bière à l’ancienne
Malt : orge (céréale) grillée
Houblon : plante servant à aromatiser la bière
Bonne foi : confiant et responsable
Mettre en sourdine : modifier, atténuer le son
Imposteur : trompeur, faux représentant




